IMG.jpg

Découvrez le livre du Président de L'APMP qui s'intitule "Les vraies raisons du déficit de la Sécurité sociale".

Il porte à votre connaissance tout ce que vous cachent "impunément":

- la classe politique dans son entièreté

- l'administration et autres organismes publics et...

- les syndicats.

L'auteur a tenu à informer ses lecteurs des agissements qui détruisent notre système de santé.

Pour l'acquérir, vous pouvez en passer commande à l'APMP. Aucune obligation d'adhérer.

pdfbon de commande livre

INTERVIEW SUR LA REVUE

"ENTREPRISES ET MANAGEMENT"

 

 photo 1 de larticleCANCERS PROFESSIONNELS


Travailler nuit gravement à la santé

Le Nord Pas-de-Calias est le champion de France des cancers contractés au travail. Et pour cause: beaucoup de ses entreprises exposent en toute impunité leurs ouvriers à des produits hautement toxiques. Un vrai scandale.

Le travail, c'est la santé, dit la chanson. Allez donc dire çà à Antoine(*). Cet ouvrier de la Française de Mécanique, une usine de moteurs basée à Douvrin, près de Lille, vient de porter plainte avec d'anciens collègues contre la direction du site. Elle serait responsable, selon eux, des cancers dont ils sont atteints. Entre eux, les salariés lui ont même donné un petit nom, la "maladie des huiles", rapport aux lubrifiants bourrés de solvants dont ils pensent avoir respiré les vapeurs à pleins poumons durant des années.

Germinal. Une exception, direz-vous. Faux, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Entre 2004 et 2008, 934 cancers ont été reconnus comme imputables au travail dans le Nord Pas-de-Calais (185 en 2008), hissant notre belle région sur la première marche de ce funeste podium. Nous totalisons ainsi 11% des cancers professionnels reconnus au niveau national, alors que nous ne pesons que 6% des salariés. Explication, outre l'amiante, fabriquée pendant des années chez Eternit à Thiant, près de Denain, la région regorge d'activités connues par les experts pour leurs risques cancérogènes. Comme l'automobile (huiles, peintures, gaz d'échappement), la chimie (solvants), la métallurgie (huiles minérales), sans oublier les métiers du bois (poussières), pour ne citer que les plus courants.

Le plus inquiétant, c'est que les chiffres officiels, issus de l'assurance maladie, sont très en deçà de la réalité. Par manque d'information des malades - comme des médecins - l'origine professionnelle n'est reconnue que dans une très faible proportion des cas. Ces pathologies seraient en fait à l'origine de 420 à 850 décès par an dans la région, selon la mission interministérielle de lutte contre le cancer. En résulé, le cancer au travail ferait chaque année, dans nos usines, deux à quatre fois plus de tués que les accidents de la route. Preuve accablante que la région n'a pas encore tourné sa page Germinal.

Pourtant, la loi oblige tout employeur à évaluer les risques auxquels ses salariés sont exposés. Et à éliminer les produits dangereux ou, à défaut, à fournir des équipements de protection adaptés. Sinon, sa responsabilité peut être engagée, avec de lourdes conséquences à la clé. Le plan régional de santé au travail (PRST) adopté en 2007 prévoit des actions de prévention et de sensibilisation des entreprises et des acteurs de la santé sur ces obligations. Mais ce n'est visiblement pas suffisant: le b.a.-ba de la sécurité est loin d'être respecté à la lettre.

photo 2 de larticle


Moins de la moitié des entreprises de la région ont effectué l'évaluation des risques professionnels auxquels sont exposés leurs salariés. Cette démarche est pourtant obligatoire depuis 2001.



Omerta. A ce jour, moins de la moitié des entreprises contrôlées par la Caisse régionale d'assurance maladie (CRAM) ont réalisé leur évaluation des risques professionnels, pourtant obligatoire depuis 2001. En clair, dans ces ateliers, personne ne sait exactement quels produits sont manipulés, ni quelle est leur dangerosité. "Il faut nuancer. Les grandes entreprises sont plutôt en règle. En revanche, dans les PME et TPE, le message n'est pas encore passé", détaille Anne-Marie Loock, vice-président de la CRAM Nord Picardie. Face à cet alarmant constat, la CRAM et la médecine du travail ont entrepris un plan d'actions chez 820 entreprises de Nord-Picardie d'ici 2012. 200 d'entre elles ont été auditées l'an dernier.

En dehors de ces quelques chanceux, rares sont les industriels ayant pris la mesure de l'urgence. Hormis peut-être la Fédération régionale du bâtiment qui alerte régulièrement ses adhérents sur les dangers de l'amiante. Sollicitée par nos soins, l'Union régionale des industries chimiques, par exemple, n'a pas souhaité répondre à nos questions."Il y a une omerta, dénonce Jean-Luc Lenglen, Président d'Agir pour la Prévention des maladies professionnelles (lire encadré). La médecine du travail est payée par les entreprises, elle ne peut pas dire ce qu'elle veut. Et l'inspection du travail nous dit qu'elle a d'autres chats à fouetter. Résultat, rien n'est fait pour contraindre les patrons à protéger leurs salariés.

Pas assez de sanctions. Le contrôle et les sanctions semblent effectivement loin d'être à la hauteur. Les premiers concernés avouent eux-mêmes leur impuissance. "La médecine du travail alerte parfois l'Inspection du travail. Mais elle est complètement absorbée par l'activité désuète des visites médicales obligatoires, souffle Aalin Cuisse, directeur du centre de santé travail de la zone de Lens-Béthune-Arras (81 médecins pour la surveillance médicale de 215 000 salariés, ndlr). Nous n'avons pas assez de temps pour aller sur le terrain".

Ni le temps, ni les moyens de mettre en place, par exemple, un suivi des produits avec lesquels les salariés sont en contact tout au long de leur vie active. Ceci afin de pouvoir mieux identifier l'origine du cancer lorsqu'il survient, parfois des dizaines d'années plus tard. Pourtant un registre de suivi des cancers vient (enfin!) d'être créé à Lille. Mais tenez vous bien, on ne juge pas utile de noter l'activité professionnelle des malades qu'on y inscrit. A l'heure où le stress des cadres est érigé en cause nationale, nos ouvriers mériteraient bien, eux aussi, que l'on se bouge un peu plus sur leur santé.

Pierre-Yves Bocquet. Journaliste à Entreprises et Management. (Avril 2010) N° 29.

(*) Le prénom a été changé.