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Découvrez le livre du Président de L'APMP qui s'intitule "Les vraies raisons du déficit de la Sécurité sociale".

Il porte à votre connaissance tout ce que vous cachent "impunément":

- la classe politique dans son entièreté

- l'administration et autres organismes publics et...

- les syndicats.

L'auteur a tenu à informer ses lecteurs des agissements qui détruisent notre système de santé.

Pour l'acquérir, vous pouvez en passer commande à l'APMP. Aucune obligation d'adhérer.

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RAPPORT 2008 DE SANTE AU TRAVAIL

 

Nous avons été redondants - parce que nous le jugeons nécessaire - sur la question de la gestion patronale. Nous le serons aussi au sujet du maintien de l'entretien clinique régulier des salariés avec le médecin du travail. Ces deux dimensions sont intimement liées et sont consubstantielles à l'authentique métier du médecin du travail et à son développement. Nous rappelons donc combien il est indispensable d'oeuvrer pour maintenir cet entretien clinique régulier. S'éloigner de cettesuprême évidence, c'est non seulement vider la médecine du travail de sa substance mais tout simplement, c'est se mettre en grave contradiction avec le code de déontologie médicale (qui est inscrit dans la loi) et avec la responsabilité médicale individuelle du médecin du travail qui structurent son rôle autour de l'accompagnement des personnes et de la fonction de veille et d'alerte. Ces postures sont d'autant plus justifiées qu'elles répondent aux critères d'adéquation, de pertinence et d'efficacité compte tenu des constats de très forte diffusion de la souffrance dans le monde du travail, qui ne peuvent s'appréhender que par les entretiens médicaux. Nous ne dirons donc jamais assez de la puissance diagnostique qui nous est donnée via cet entretien régulier avec les salariés pour rattraper non seulement la question de l'énorme impact mental actuel mais aussi l'évolution qui est à l'oeuvre dans le monde du travail et également pour saisir l'intelligibilité de tous les autres aspects qui impactent la santé y compris dans la dimension physico-chimique.

Il est question longuement du métier de médecin du travail dans ce texte. Il ne s'agit évidemment pas de faire dans le nombrilisme mais de témoigner du poids de l'hypocrisie sociale qui déstructure son métier: les conséquences en sont graves, non seulement parce qu'il y a atteinte à la dignité étant empêché de bien faire son travail, mais aussi parce que les objectifs assignés deviennent par conséquent difficiles, voire impossibles à atteindre, concernant la santé au travail et ses enjeux majeurs. D'ailleurs il est difficile de ne pas faire de corrélation entre cet empêchement et le fait que la santé au travail n'a pas cessé de se dégrader ces vingt dernières années. Ce qui nous amène à cette réalité de communauté de destins: le médecin du travail qui est confronté non seulement au ressenti de sa propre indignité à ne pas pouvoir bien faire son travail, mais aussi comme praticien, à celle des salariés dont il a la charge. Nous touchons avec ce dénominateur commun de ne pas pouvoir bien faire sont travail selon les vraies règles de métier construites par les pairs qui définissent le travail bien fait et selon les critèresd'efficacité technique, de justesse et d'exigences éthiques, les mécanismes intimes du mal être et de la souffrance au travail et sa très grande diffusion révélatrice de l'extension pratiquement totale des phénomènes délétères dans tous les secteurs d'activité du monde du travail.

Avec l'avènement de la crise économique, il ne faudra pas qu'à nouveau, les préoccupations bien naturelles liées à la crise de l'emploi supplantent celles liées au travail dégradé. Il ne faudra pas non plus prendre le chemin des mêmes erreurs commises dans le passé pendant de nombreuses années, de sacrifier le travail et la santé au travail sur l'autel d'autres préoccupations, ce qui a lourdement contribué à installer le travail sur la pente de sa dégradation.

D'une constatation désespérante, un principe d'espérance: c'était le titre de notre rapport annuel commun d'activités il y a déjà 4 ans. C'est dire qu'il était déjà donné par l'auscultation du monde du travail, de diagnostiquer l'hyperpathogénicité de la marche en avant du système. Rappelons que l'histoire du collecif des médecins du travail de Bourg en Bresse s'inscrit en parallèle avec celle du durcissement du monde du travail ces 15 dernières années. Ce collectif s'est construit suite à des affaires d'atteinte à l'indépendance de certains d'entre nous età partir de la dynamique suscitée par la recherche de sens et d'efficacité et par la nécessité absolue de construire des règles de métier inexistantes dans un contexte de dégradation en continu des conditions de travail. La question du témoignage et de l'alerte devenant une ardente nécessité comme levier d'action et cela ne s'est jamais démenti. L'échelle d'intelligibilité construite à partir de milliers de consultations nous a conduit au passage obligé de la lecture politique, et nous a donné rapidement à diagnostiquer la nocivité et la folie de la marche en avant d'un système à tel point que dans notre rapport annuel de 2007 nous faisions état d'un changement dans l'échelle de gravité d'une situation déjà inquiétante et de logiques aggravées de domination et de déshumanisation. L'actualité n'a-t-elle pas validé cette hypothèse via la catastrophe financière qui n'est pour nous, que le marqueur de la somme de pressions considérables exercées sur le travail et les conditions salariales. Au passage, soulignons encore une fois l'intérêt majeur de l'entretien régulier des salariés avec le médecin du travail qui nous permet de faire de tels diagnostics précis: nous priver de ce moyen serait nous couper d'une source extrêmement précieuse de contraction d'intelligibilité des situations et du monde du travail. Cette catastrophe financière pleinement prévisible fait éclater la vérité sur toute la laideur et l'ignominie du système. Elle confirme la réalité des logiques de domination et de déshumanisation et le fait que ce système vise l'enrichissement paroxystique d'un petit nombre de privilégiés au détriment de l'extrême relégation du plus grand nombre. Elle confirme la très grave crise politique qui a permis des déséquilibres aussi abyssaux. Cette évolution n'a été possible que parce que le personnel politique, dans sa grande majorité, a basculé ces 25 dernières années du côté de l'idéologie dominante et que son système de pensée et de gouvernance du monde est présenté comme horizon indépassable. Il est clair que ce qui va marquer durablement et profondément les esprits c'est que les gouvernements des pays riches ont pu trouver en si peu de temps des milliers de milliards de dollars pour sauver le système alors qu'il n'y en avait pas quand il s'agissait de réparer les dégâts colossaux en lien avec les inégalités gravissimes provoquées par ce même système, de traiter les fléaux voire les abominations qui sévissent dans le monde. Un seul exemple suffit pour pointer l'horreur: le fait qu'un enfant meure de famine en Afrique toutes les 5 secondes et qu'il suffirait d'une fraction minime de la somme colossale dépensée pour sauver le système, pour endiguer ce fléau mais aussi tous les fléaux de la terre. Cette catastrophe révèle tout simplement l'extrême banalisation du mensonge par les tenants du système et des décideurs politiques.

Mais attention ! Une catastrophe peut en cacher une autre: celle de l'irruption de la terrible colère humaine qu'il ne serait plus possible de contenir. Mais à l'instar de l'exclamation de cet ouvrier capté lors d'une consultation de santé au travail que nous avions repris en sous titre de notre rapport annuel 2007 et que nous reproduisons ici " Mais comment peut on penser que le monde va pouvoir continuer à tourner comme çà ?"

Une autre vision du monde et d'alternative politique remettant l'humain, les grands équilibres du monde et de la planète au centre des préoccupations, nous semble à terme inévitable. Il est impossible d'imaginer que l'on va pouvoir continuer à vivre dans cette société devenue invivable sauf pour un petit nombre de privilégiés, du fait de ces logiques de domination et une de ses graves conséquences: le piétinement du travail et des valeurs humaines au travail.

Le monde etle monde dutravail sont malades de désespérance. Le monde et le monde du travail ont soif d'espérance.

Nous l'avons écrit, nous touchons du doigt le paradoxe de l'espérance à partir du trop plein de désespérance. Il y a une opportunité historique à se positionner sur la voie de l'espérance. Pour le monde et le monde du travail, cela suppose un changement de perspective considérable mais cela devient incontournable.

Pour la médecine et la santé au travail, se mettre sur les rails de l'espérance suppose juste un positionnement syndical unitaire et d'envergure (donc rien de fantastique) pour défendre les 2 points longuement développés dans ce texte (on vous le rappelle, l'abolition de la gestion patronale et le maintien de l'entretien clinique régulier des salariés avec le médecin du travail), démarche qui n'est pas franchement de l'ordre de l'inatteignable mais dont les résultats seront d'une ampleur considérable pour l'émancipation de la médecine et de la santé au travail.

Mais il est entendu que pour être efficace , l'action de la médecine du travail a incompressiblement besoin d'être mise en synergie avec celle des acteurs de l'Inspection du travail, de la CRAM (eux-mêmes désenclavés et légitimés dans leurs fonctions) ainsi qu'avec la démocratie sociale pleinement émancipée.