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Découvrez le livre du Président de L'APMP qui s'intitule "Les vraies raisons du déficit de la Sécurité sociale".

Il porte à votre connaissance tout ce que vous cachent "impunément":

- la classe politique dans son entièreté

- l'administration et autres organismes publics et...

- les syndicats.

L'auteur a tenu à informer ses lecteurs des agissements qui détruisent notre système de santé.

Pour l'acquérir, vous pouvez en passer commande à l'APMP. Aucune obligation d'adhérer.

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RAPPORT 2008 DE SANTE AU TRAVAIL

 

Donc, de tous ces exemples de drames de santé au travail liés à la question du déficit démocratique, les leçons ne sont toujours pas tirées. Même si le patronat français continue, sous nos yeux, à être celui qui conteste le plus les accidents du travail, y compris les taux d'IPP, en Europe. Il est même question, pour le patronat, de remettre en cause certains indicateurs comme les critères de reconnaissance de maladie professionnelle en visant notamment le tableau 57 sur les troubles musculosquelettiques: quelle interprétation donner à cela si ce n'est leur volonté de freiner la mise en visibilité de ce puissant marqueur de l'intensification du travail ? Compte tenu de ces réalités, est-ce exagéré d'affirmer que négocier du sort des médecins du travail et de la santé au travail avec le patronat n'est pas du tout conforme aux exigences démocratiques s'agissant de questions de santé publique ? Que persévérer dans cette voie, sans tirer les leçons des drames présents et passés, n'est-ce pas continuer à cautionner les dysfonctionnements d'un système et d'engager ses responsabilités dans un processus susceptible de générer des drames en aval comme dans l'affaire de l'amiante. Et le cas échéant, il serait injuste que le médecin du travail, aussi coupable qu'il pourrait l'être dans le cadre de sa responsabilité médicale individuelle, puisse se trouver seul à être inculpé (en coresponsabilité avec l'entreprise) aussi longtemps que les dés seraient ainsi pipés. Alors, n'est-il pas grand temps de profiter de l'occasion extraordinaire qui se présente à vous, les représentants des salariés, d'affirmer devant la Nation et indépendamment des positions de l'Etat et du patronat, que le risque de dysfonctionnement est inévitable dans les services de médecine du travail et de santé au travail aussi longtemps que la gestion de ces services sera démocratiquement déséquilibrée: aussi longtemps que les employeurs seront juge et partie dans l'affaire, ils continueront efficacement à façonner la profession et à canaliser voire à instrumentaliser les pratiques des médecins du travail. D'ailleurs pourquoi s'en priveraient-ils ? Pour cela, il faut arrêter d'ergoter et de faire dans les demi-mesures. Ces tragi-comédies de boulevard pourraient prêter à sourire s'il ne s'agissait pas du sort dramatique de millions de salariés mais aussi de la dignité professionnelle des acteurs censés s'occuper de la santé au travail. Nous vivons et pratiquons au quotidien ce problème de gouvernance inadaptée et désiquilibrée depuis trop longtemps pour ne pas savoir précisément quel est le niveau de vraie réforme et la hauteur des changements qui pourraient donner son envol à la médecine du travail. Quelle meilleure preuve de cette non-volonté à vouloir changer en profondeur l'institution que la succession de toutes les pseudo-réformes qui ont émaillé l'histoire de la médecine du travail ces dernières décennies au point que présentement en 2009, vous êtes en train de discuter des mêmes choses, installées dans le même scénario inadapté et dont le déroulement et l'issue sont pratiquement connus d'avance sauf sursaut de votre part du côté de l'espérance. Et ce sursaut ne peut pas être autre chose de la nécessité de peser sur les décisions pour que, outre la question de la sauvegarde du coeur du métier de médecin du travail et le maintien de l'entretien clinique régulier des salariés avec le médecin du travail, tout soit mis en oeuvre pour mettre fin à cette gouvernance patronale au quotidien en rendant leur présence minoritaire dans la gestion. Il faut aller au-delà du paritarisme qui restera pleinement favorable aux employeurs: le paritarisme s'inscrit, donc, dans la gamme des demi-mesures, au même titre que l'idée d'étoffer les commissions de contrôle mais en laissant intacte la gouvernance patronale. Que l'on étoffe les commissions de contrôle ne pose pas de problème, bien au contraire, mais ne pas toucher à cette gouvernance patronale au quotidien, comme le préconise d'ailleurs de nombreux rapports, c'est vouloir laisser perdurer délibérément le statu-quo dont il faudra assumer les conséquences, et pour lequel nous formulons le voeu que les historiens puissent se pencher à l'avenir sur cette erreur historique. Il faut évidemment aussi en finir avec le système de financement direct actuel qui a sa part de perversion dans le fonctionnement.

 

Vous nous rétorquerez, bien sûr, que la majorité des médecins du travail ne pensent pas comme nous: en apparence, il y a là une vérité qui dessine les contours dramatiques de la médecine du travail. Mais si on se donne la peine de regarder de plus près, on y verra l'enchaînement des réalités qui s'emboîtent parfaitement dans le processus extrêmement délétère qui lamine cette profession verrouillée depuis toujours. D'abord, il y a le silence d'une partie importante de la profession, et derrière ce silence, sait-on réellement ce que pensent ces médecins du travail de leur sort ? Mais incontestablement, d'autres médecins ne pensent pas comme nous et tiennent même des positions diamétralement opposées. Il s'agit en fait de cette réalité connue du morcellement de la profession à peu près superposable à l'éparpillement des pratiques en médecine du travail autour de l'authentique coeur de métier. Ce coeur de métier, construit laborieusement (du fait des nombreux obstacles) par une minorité dans la profession, à partir des principes du code de déontologie et de l'objectif légal de 1946, est résolument tourné vers l'accompagnement de l'humain confronté aux difficultés qui portent atteinte à sa anté, et la fonction de veille et d'alerte en santé au travail.

Si des raisons d'ordre idéologique ou sociologique ont pu favoriser ces réalités de morcellement et d'éparpillement, ceux-ci sont surtout et de loin, les résultats de l'action de la puissante mécaniqueaux multiples rouages qui cadenasse la médecine du travail depuis sa création: guestion patronale à l'efficacité redoutable, posture ambigüe des pouvoirs publics, intérêt limité voire désintérêt des représentants de salariés, gestion par l'aptitude... Cette véritable spirale infernale - avec en particulier la poigne efficace de la gestion patronale - a obéré l'émancipation de la profession et cet étouffement, a résulté un empêchement de la construction par les médecins du travail des règles de métier communes au plus grand nombre. Il y a donc un affaissement du métier qui se traduit par un affaissement identitaire de la communauté des médecins du travail. C'est ce qui explique la grande difficulté d'une bonne partie de la profession à s'affirmer, d'où son silence qui contraste avec les bouleversements en santé au travail ces dernières années. D'autre part, ces réalités la rendent vulnérable aux influences extérieures: du patronat, omniprésent, qui encourage et protège les pratiques affadies, amis aussi d'autres acteurs professionnels, de spécialités voisines, qui pensent parfois, en toute bonne foi, avoir des idées bien arrêtées sur ce que doit faire le médecin du travail mais qui proposent à celui-ci des activités qui sont éloignées ou qui ne sont pas miscibles avec le coeur du métier, c'est-à-dire avec le point de vue spécifique du médecin du travail, tel qu'il doit l'être compte tenu des exigences déontologiques, légales, et des graves constats en santé au travail. Dans cet ordre d'idée, la question de l'approche statistique en médecine du travail doit être démystifiée car on l'oppose trop souvent à l'approche clinique du médecin du travail. Si personne ne met en doute l'intérêt de la chose statistique qui peut éclairer le médecin du travail dans sa pratique, elle ne peut se substituer à l'approche clinique qui reste bien évidemment centrale dans le métier du médecin du travail.

La réalité est que l'approche statistique comme l'objectivisme évaluateur devienne caricaturalement une fin en soi. Que ces constats accablants s'accumulent en santé au travail et que les résultats des études multiples s'empilent, peu importe, il faut continuer à évaluer. C'est que l'heure n'est pas du tout en faveur de la mise en place des actions de transformation: mener de telles actions à la hauteur des constats nuirait forcément à la marche en avant du système. Donc, continuons à évaluer et à démultiplier les études ! D'autre part, il y a la question de la pluridisciplinarité qui reste souvent cantonnée dans le registre de l'information des employeurs. Il faut continuer à informer alors que nous savons pertinemment que la plupart du temps, ce n'est pas par défaut d'information que les transformations favorables à la santé au travail ne se mettent pas en place dans les entreprises.

Au total, la médecine du travail arrive assurément à un stade très critique de son cheminement chaotique: elle est véritablement à un point culminant de basculement. Ou on procède à une levée d'obstacles (c'est le versant espérance) et il s'en suivra obligatoirement une dynamique de mobilisation et de constitution du métier sans précédent, favorisant un accroissement identitaire des médecins du travail, une émancipation de la profession et ses retombées positives bénéfiques pour la société dans son ensemble. Ou on persiste dans le statu-quo laissant glisser une majorité de médecins du travail vers des pratiques affadies, donc vers un aplatissement du métier, ce qui le rendra plus vulnérable à son euthanasie.

Cette deuxième perspective, pleinement défavorable à la profession, il nous est difficile de ne pas la percevoir comme étant sciemment programmée avec une mise en scène du type "baiser de la mort" pour reprendre l'expression et l'analyse d'un spécialiste en santé au travail. Nous l'avons dit, cela est franchement insupportable que cette deuxième perspective puisse se faire sans la transparence d'un débat public. D'autre part, ce sera de l'ordre d'un beau gâchis car, malgré tous les obstacles et la formidable hypocrisie sociale sur la médecine et la santé au travail, une minorité de médecins du travail a construit un métier parfaitement en adéquation avec les objectifs déontologiques, légaux et les critères d'efficacité. Il est parfaitement possible de coaguler les médecins du travail autour de ces vraies règles de métier et donc de mettre la profession en ordre de marche optimale. Enfin, c'est un leurrede penser que des préventeurs non médecins feront mieux que les médecins du travail aussi longtemps qu'on ne réglera pas les problèmes de fond, longuement décrits dans ce texte, comme la question de la gouvernance patronale en santé au travail. A moins qu'il ne s'agisse d'autre chose comme explication: à savoir, qu'après avoir épuisé les ressorts de la médecine du travail comme bouc émissaire avec l'exploitation de ce film pendant des décennies, l'heure est venue de procéder au remplacement par un autre filon (non médical) répondant mieux aux critères des logiques comptables et censé servir à des fins identiques pour une période confortable de plusieurs décennies à venir. Il fallait d'autant plus accélérer le changement qu'une minorité de médecins du travail a eu l'idée corrosive d'élaborer un métier bigrement efficace, susceptible d'être approprié par le plus grand nombre de leurs confrères: il s'agit donc d'un danger sérieux pour la marche du système, qu'il fallait contourner.

 

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