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Il porte à votre connaissance tout ce que vous cachent "impunément":

- la classe politique dans son entièreté

- l'administration et autres organismes publics et...

- les syndicats.

L'auteur a tenu à informer ses lecteurs des agissements qui détruisent notre système de santé.

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 RAPPORT 2008 DE SANTE AU TRAVAIL

 

 

CONCLUSION COMMUNE DU COLLECTIF DES

MEDECINS DU TRAVAIL DE BOURG EN BRESSE

15ème rapport annuel commun d'activité d'un groupe de pairs

 

LETTRE OUVERTE AUX SYNDICATS DES SALARIES CONCERNANT LA REFORME DE LA MEDECINE ET LA SANTE AU TRAVAIL.

D'une constatation désespérante, un principe d'espérance

De l'opportunité historique de se tourner vers l'espérance

 

COLLECTIF DES MEDECINS DU TRAVAIL DE BOURG EN BRESSE

Docteurs CELLIER, CHAPUIS, CHAUVIN, DELPUECH, DEVANTAY, GHANTY, LAFARGE, LAUZE

41 Boulevard Voltaire - 01000 BOURG EN BRESSE

Tél 04 74 21 88 24

Février 2009

 

 

Cette année, le 15ème rapport annuel commun de notre collectif est destiné particulièrement aux syndicats des salariés appelés actuellement à négocier sur la réforme de la médecine du travail.

Il leur est donné par l'hypercontexte dramatique ambiant, d'actionner le levier de l'espérance qui pourra lever le levier de la malédiction qui pourrit l'existence de la médecine du travail depuis plusieurs décennies. Pour cela, nous ne pensons pas qu'il soit judicieux de s'enfermer à huis clos avec le patronat. Nous ne pensons pas, vu les enjeux majeurs en santé au travail, que ce procédé soit conforme aux exigences démocratiques. Nous pensons que la situation justifie que les syndicats interpellent directement l'Etat sur les fondamentaux qui pourront conférer une forte impulsion positive à la médecine et santé au travail. Parmi ces fondamentaux, il y en a 2 qui sont absolument vitaux pour le sort de la médecine du travail. Sans ces deux points, au mieux, il s'agit de maintenir la profession dans son statut de faire semblant et de bouc émissaire, au pire il s'agit de la laisser glisser subrepticement mais délibérément sur la pente d'une euthanasie programmée. Nous pensons que cette deuxième perspective est très sérieusement de l'ordre du possible. Et si c'est le cas, nous trouvons que c'est franchement insupportable que cela puisse se faire sans la transparence d'un débat public.

A propos des deux points dont la prise en compte pourra à elle seule insufler efficacement de l'élan vital et faire émanciper la médecine du travail, il s'agit premièrement de rompre enfin et définitivement le lien incestueux entre le patronat et la profession en rendant minoritaire son rôle dans la gestion des services et deuxièmement de maintenir l'entretien régulier clinique des salariés avec le médecin du travail. L'abolition du premier est aussi cardinal que le maintien du deuxième point.

Comme c'est étrange de devoir se mobiliser et de devoir argumenter autant pour de telles évidences. Et ces deux points sont aussi évidents à défendre que l'évidence de l'opportunité historique pour le faire, comme pour exiger de vrais changements favorables à l'humain et à son développement, compte tenu de son effondrement. Nous pensons sincèrement que quelque chose est de l'ordre du possible, qu'il ne s'agit pas d'incantation, qu'il y a en effet une opportunité historique qui se présente aux syndicats des salariés pour obtenir les changements pertinents dans le domaine de la médecine du travail. Il faut pour cela évidemment qu'il y ait un positionnement intersyndical unitaire d'envergure. Est-ce de trop quand il s'agit du sort de millions de salariés ? Est-ce de trop si on constate le degré de déshumanisation inédit dans la période contemporraine des rapports au travail ? Est-ce de trop quand on sait que les leçons du scandale du crime social de l'amiante n'ont toujours pas été tirées, en particulier concernant la redoutable capacité du patronat à anesthésier les acteurs de régulation ?

N'est-il pas grand temps de se rattraper pour réparer des décennies de passivité sur le sort de la médecine du travail et ceci dans l'unique intérêt de la santé des salariés ?

Oui il y a l'évidence d'une opportunité historique que fait émerger la terrible réalité de la crise financière majeure: catastrophe qui fait éclater la vérité sur la nocivité, la démence et l'échec d'un système en fin de course. Un système dont la marche en avant ces 20 dernières années - et là nous sommes des praticiens de terrain parfaitement légitimés pour en parler - a engendré l'incroyable piétinement du travail et des valeurs humaines au travail en faisant glisser le monde sur la pente dangereuse de l'effondrement humain. L'intensité de la crise favorisée par des choix politiques bien identifiés, ne peut pas ne pas avoir fait bouger les consciences et fissurer le mur des certitudes des tenants du système. Même s'ils ne laissent rien transparaître, s'ils maintiennent comme ils le font le cap de leurs convictions idéologiques et en dépit de leurs discours pour embrouiller les esprits, il y a obligatoirement une brèche conséquente dans leur posture à travers laquelle il est indispensable de se faufiler pour affirmer la terrible vérité sur les dégâts humains occasionnés par des années de logique délétère et pour peser sur les décisions politiques afin qu'elles soient moins défavorables à l'humain et à son développement.

Oui, il y a l'opportunité historique que procure le paradoxe de l'émergence de l'espérance à partir d'un trop plein de désespérance; l'opportunité historique pour le positionnement unitaire d'envergure des syndicats de salariés, rompant avec la routine mortifère du jeu social gangréné par l'hypocrisie dans le domaine de la santé au travail. Rappelons qu'il a été amplement démontré via les drames successifs en santé au travail qu'elle est un déterminant majeur dans la santé des populations.

Comment se fait-il que personne ne trouve à redire sur le scénario toxique récurrent dans lequel l'Etat se défausse sur les partenaitres sociaux, qui même s'ils font état de la manoeuvre en mettant la puissance publique devant ses responsabilités, continuent la négociation ou plutôt le marchandage dont on connaît par avance l'issue: un cheminement quasi-mécanique vers l'élaboration de compromis voire de compromission qui reste totalement favorable au patronat, des petits arrangements accordés par celui-ci restant possibles aussi longtemps que l'on ne touche pas à l'essentiel de son intérêt, que l'on ne touche surtout pas à ce qu'il considère comme relevant de sa possession atavique: ne pas toucher à sa mainmise sur la gouvernance de la médecine du travail. Le comble, c'est qu'on lui a laissé cette gouvernance sans difficulté pendant des décennies. Est-ce pour ne pas le froisser ou s'agit-il d'un troc pour obtenir autre chose de plus valorisant que la médecine du travail, cette "chose" considérée secondaire, non attrayante, et non désirable. Nous voilà avec cet autre questionnement: des acteurs sociaux aux représentants de l'Etat, a-t-on fait montre réellement d'un intérêt pour la médecine du travail ? Suffisamment de décennies se sont écoulées depuis la création de l'institution pour affirmer qu'incontestablement, c'est le patronat qui s'est le plus intéressé, et de loin, à la médecine du travail avec constance et efficacité. Ce fort intérêt se nourrit du désintérêt des autres pour évidemment mieux museler la profession.

Avez-vous idée, Mesdames et Messieurs les représentants de salariés, de ce qu'est la gestion patronale au quotidien quand il s'agit de maîtriser tout ce qui peut gêner leur intérêt ? Bien sûr que oui ! Comment peut-on, alors, feindre d'ignorer la redoutable efficacité depuis toujours du patronat français quand il s'agit de marquer de son empreinte toutes les énergies censées contrebalancer leur pouvoir pour mieux les freiner, voire les canaliser dans le sens de leurs intérêts. Si les retombées n'étaient pas aussi néfastes, il faudrait sûrement féliciter le patronat pour cette remarquable efficacité: efficacité dont les ressorts s'originent forcément du côté du manque de fermeté voire de collusion de l'arbitre censé veiller à l'intérêt général et du déficit de la démocratie sociale.

Est-ce de l'exagération ? Alors, comment expliquer sinon, la situation particulièrement sévère en France concernant la santé au travail ? Fait-on semblant d'ignorer que les effets propres à la déferlante libérale et ses dégâts considérables sur l'humain se sont ajoutés à ceux de la situation préexistante dans le pays, liés à la tradition de mauvaises conditions de travail. Comment expliquer cette spécificité française si ce n'est par la redoutable efficacité de longue date du patronat à freiner l'élaboration des liens entre santé au travail et à verrouiller ou à contourner tous les dispositifs et acteurs missionnés pour traiter ces questions ? Pour être complet, il y a évidemment la forte interaction avec l'hypocrisie du jeu social et l'ambiguïté des pouvoirspublics que nous décrivons dans ce texte, mais aussi le rôle du monde médical longtemps empêtré dans une tradition eugéniste. Souvenez-vous de l'histoire de la silicose: du fait des mécanismes décrits, la reconnaissance en maladie professionnelle de la silicose se fera avec 25 ans de retard en France par rapport à d'autres pays européens. Et sur l'affaire de l'amiante, souvenez-vous de ce qu'écrivait le Docteur Imbernon, épidémiologiste, en 2000: " La situation en France est à l'évidence défavorable... Le risque de mésothéliome continue d'augmenter fortement chez les générations les plus jeunes en France, alors qu'il diminue nettement dans divers pays... et cela montre que nous avons au moins 20 à 30 ans de retard sur ces pays." Et pour poursuivre sur cette affaire, encore et toujours, quelle explication donner pour expliquer ce scandale (révélé grâce à des associations de victimes) avec ses 100 000 morts attendus d'ici 2025 ? Quand on sait que la nocivité de l'amiante est connue non pas depuis un siècle, mais depuis Pline l'Ancien, il est impossible d'incriminer uniquement la seule et évidente responsabilité des lobbies sans pointer celle des autres acteurs qui ont failli à leur devoir de régulation. Il est d'autre part essentiel de revenir sur le sinistre Comité Permanent Amiante qui a sévi si longtemps. Quelle leçon en tirer si ce n'est la grande capacité et efficacité du patronat à embrouiller les esprits dans ces comités multipartites mais efficacement encadrés par le patronat. On comprendra mieux notre septicisme, notre méfiance et en fin de compte notre refus à participer à des actions dites de gestion des riques professionnels dans le cadre du partenariat (assez en vogue actuellement) mais sous l'égide du patronat où, en réalité, en guise de risque, il s'agit plutôt du rique de dilution voire de confusion de rôle des différents acteurs, avec pour résultat de freiner l'élaboration de véritables actions préventives non souhaitées par les entreprises.

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