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Découvrez le livre du Président de L'APMP qui s'intitule "Les vraies raisons du déficit de la Sécurité sociale".

Il porte à votre connaissance tout ce que vous cachent "impunément":

- la classe politique dans son entièreté

- l'administration et autres organismes publics et...

- les syndicats.

L'auteur a tenu à informer ses lecteurs des agissements qui détruisent notre système de santé.

Pour l'acquérir, vous pouvez en passer commande à l'APMP. Aucune obligation d'adhérer.

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CODE DU TRAVAIL...

REGULIEREMENT BAFOUE

 


Pour corroborer nos commentaires sur le décret 2001-97 de notre dernier éditorial, nous vous proposons de prendre connaissance de ce document publié par un collectif de médecins du travail de Bourg en Bresse... Un peu long... Mais tellement significatif et savoureux.

C'est en qualité de représentante d'un collectif de 9 médecins du travail ayant en moyenne 20 à 25 ans d'expérience d'écoute clinique des salariés des très petites, petites et moyennes entreprises d'un même secteur géographique, que j'interviens ici aujourd'hui. Ce travail commun réalisé depuis 10 ans nous donne une légitimité forte pour affirmer qu'il y a une constante dégradation de nos constats concernant la santé au travail en France.

Il y a une urgence actuelle en terme de prophylaxie mentale tant nous constatons d'atteintes psychiques, nombreuses et graves sans oublier les souffrances physiques avec l'explosion des troubles musculo-squelettiques qui se sont multipliés par 3 ou 4 ces quinze dernières années. Il est constaté une nette augmentation des asthmes et des cancers professionnels ces dernières décennies du fait des contraintes chimiques toujours bien présentes. D'après la dernière évaluation d'Ellen Imbernon, il y aurait 20 000 nouveaux cas de cancers professionnels par an. Quoiqu'il en soit, il y a plus de morts par cancers professionnels que par accident de la route. 2 morts par jour par accident du travail, 750 morts par an et 8 blessés par minute...

Il y a une spécificité bien française puisque nous sommes reconnus en Europe, lanterne rouge en matière de prévention.

Effectivement je rappelerai brièvement ici la gravité de tous les indices de santé au travail, 2 fois plus mauvais en France que dans les autres pays d'Europe.

Nous sommes lanterne rouge et la relation est évidente entre ces résultats affligeants et les phénomènes d'occultation particulièrement forts en France, des atteintes de la santé au travail. Signalons que le taux de reconaissance des maladies professionnelles avérées est inférieur à 10%, un des taux les plus bas en Europe.

Les inégalités socio-professionnelles existent pour toutes les grandes pathologies telles que: infarctus, suicides, cancers. Les ouvriers sont 3 fois plus touchés que les cadres, la dimension professionnelle ayant une responsabilité forte dans ces inégalités. Nous témoignons de l'aspect inédit de la souffrance psychique au travail très répandu dans toutes les professions quels que soient les secteurs.

Cette souffrance mentale est l'objet de mécanismes d'occultation du fait des fortes pressions liées à la peur et du fait d'un discours ambiant qui culpabilise, sans oublier l'existence de stratégies individuelles de lutte contre la souffrance. Cet impact mental lié au travail dégradé est tel que nous avons parlé dans nos constats en 2002 de désespérance, ce que nous ne pouvons que confirmer 2 ans plus tard. Un élément essentiel de cette souffrance est lié à la disparition de la solidarité, à l'individualisation et à la mise en concurrence des salariés, à l'implosion des collectifs: on est seul ensemble dans un monde où la rentabilité maximale est la pensée unique. Un autre élément fondamental de cette souffrance est dû à la perte de sens du métier car la quantité prévaut sur la qualité, l'objet est plus important que le sujet. Le salarié ne peut plus construire son identité au travail. On constate une perte de savoir-faire, une disparition de jugement de beauté et une disparition de la marge de manoeuvre dans le travail.

N'oublions pas non plus que les atteintes physiques sont toujours bien présentes et qu'elles continuent à augmenter en nombre et en gravité auxquelles se rajoutent les restrictions de prescriptions d'arrêts de travail pourtant justifiés. Quel exemple parlant que celui de cette femme, ouvrière à la chaîne, avec cadence forcée et infernale et qui va travailler sous morphine pour ne pas laisser tomber son entreprise !!! "Tu ne peux pas nous lâcher maintenant !". Les cancers professionnels en France sont 20% supérieurs à ceux des autres pays. En parallèle avec les atteintes à la santé environnementale, rappelons la multiplicité des produits chimiques qui apparaissent dans les entreprises et pour lesquels aucune recherche n'est réalisée. Augmentation des asthmes professionnels, notamment dans la plasturgie. Aucune prévention n'est faite en matière professionnelle. On s'étonnera probablement dans quelques décennies de l'apparition de nouveaux cancers profesionnels alors que les morts par mésothéliome de la douloureuse expérience de l'amiante n'aura laissé aucun remords et n'aura donné aucune leçon pour améliorer la prévention. On attend 50 000 à 100 000 morts dans les 20 années à venir du fait de l'amiante.

Nous assistons à un emballement du système dans lequel l'hypocrisie française fait porter la culpabilité aux salariés renvoyant à des responsabilités de comportements individuels (conduites addictives: alcool, tabac, prise de médicaments...) en dédouanant toujours les organisations du travail. Il faut rajouter ici que celà s'inscrit dans une conception durablement enracinée dans la tradition française qui consiste à toujours présenter les atteintes à la santé des ouvriers comme une conséquence inéluctable de leur condition d'ouvriers et de leur hygiène de vie et non de leurs conditions de travail. En définitive cette faiblesse de visibilité ne facilite pas la prévention et fait le jeu de tous ceux qui dénient l'existence de tels problèmes dans le monde du travail.

Le monde du travail est incivique, violent irrespectueux et non reconnaissant, comment alors pourrait-il en être différemment dans notre société actuelle.

Comment expliquer les causes de ces dégradations incessantes:

Comme le dit le Professeur VERGELY: "Nous vivons dans un monde dévié. Ce monde dévié vient de ce que l'économie n'a pas respecté la place qui est la sienne. Cette logique de l'argent roi, de l'expansion économique, conduit à l'épuisement des ressources naturelles de la planète et un épuisement des hommes".

L'emballement du système ultra-libéral, la nécessité de réduction des coûts, les dégraissages pour économiser les dépenses dûes à la masse salariale, la frénésie productiviste, la sous-traitance.

Face à tout celà, sont mis en place des systèmes inadaptés de prévention, empêchés de fonctionner.

Tout d'abord, l'institution: Médecine du Travail créée en 1946 par la loi, mais dont la direction et la gestion financière des services ont été laissées exclusivement au patronat. (* voir la fin de cet éditorial).

Comme le mentionne très justement un confrère: laisser la gestion de la santé au travail dans les mains du patronat, c'est comme laisser la douane au contrôle des contrebandiers ! Cette main mise des employeurs est très préjudiciable à la garantie de notre indépendance professionnelle et il faut régulièrement se battre pour défendre cette dernière si souvent mise à mal dans des situations très violentes à l'égard des médecins qui veulent faire leur métier ! Insultes, menaces, diffamations...

La notion d'aptitude inadaptée, dangereuse, cautionant les mauvaises conditions de travail est unpiège pour le salarié, et le médecin qui ne touve qu'un intérêt, qu'en renversant la situation dans l'inaptitude. Elle garde un relent d'eugénisme très fort qui voudrait que les médecins du travail fassent de la sélection et du contrôle mais surtout pas de prévention. Notre mission nous demande d'éviter toute altération de la santé du fait des conditions de travail. Il nous est alors demandé d'adapter le travail à l'homme et non le contraire qui consisterait à adapter l'homme au travail. Or dans les faits, c'est bien ce que l'on voudrait que nous fassions. Pour illustrer cette ignominie que représente la notion d'aptitude, ce qui la caricature, c'est le nouveau décret 2001-97, qui demande aux médecins de rédiger des certificats de non contre-indication à être exposé aux produits cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction. Un pneumologue pourrait-il rédiger à un patient un certificat de non contre-indication à l'intoxication tabagique !

La prévention s'arrête aux portes de l'entreprise. On ne gagne plus sa vie au travail, on la perd.

La médecine du travail n'est pas la seule garante de la prévention des risques professionnels. Le Code du Travail dont l'application est sous la responsabilité de l'inspection du travail est régulièrement bafoué et non respecté.

Tout le système de prévention est verrouillé et nous sommes empêchés de travailler, étouffés par des missions administratives qui n'ont aucun sens. Obligation de rédiger la fiche d'aptitude, dont j'ai dévoilé toute la perversité, rédiger une fiche d'entreprise qui a pour objet initial de dénoncer les risques professionnels et les contraintes organisationnelles mais qui ne sert qu'à faire semblant puisque les recommandations ne sont jamais prises en considération et les risques demeurent.

L'occultation des risques, la sous-déclaration des accidents de travail et des maladies professionnelles, l'intégration par les salariés que c'est inéluctable, la banalisation des dégradations des conditions de travail en pensant que c'est comme çà, qu'on a de la chance d'avoir du travail, que c'est pire ailleurs, contribuent à freiner de manière considérable, la lutte pour redonner à la prévention, toute l'importance qu'elle mérite. Si une réelle prévention est faite, quelle économie ce serait pour diminuer les coûts humains et les coûts dûs aux soins.

Or nous disons et répétons qu'une réelle prévention est possible.

COMMENTAIRES APMP:

En fin de communiqué, il est préconisé des pistes de solutions, que nous agréons pour une bonne partie.

Nous reviendrons sur ces pistes dans notre éditorial "Ce que nous voulons et ce que nous ne voulons plus".

(*) Article paru dans le journal: La Voix du Nord du jeudi 08 novembre 2007:

MEDECINE DU TRAVAIL. Les organisations patronales qui gèrent la médecine du travail, le MEDEF en tête, utilisent les caisses de ces structures pour financer leurs activités, affirme une enquête publiée par France Inter et le site internet Rue89. Selon cette enquête qui dénonce un "scandale du financement oculte du patronat", les fonds issus des cotisations obligatoires au titre de la médecine du travail serviraient souvent à financer des emplois fictifs, divers frais de fonctionnement, voire l'achat de siège de comité local du MEDEF.